Plantes sauvages et libido

Les plantes sauvages on fait pas mal de chemin depuis le bout de trottoir misérable où elles étaient cantonnées… Elles font aujourd’hui la une des journaux, assistent les jardiniers au potager (là où elles étaient jadis mal venues), jouent les invités surprises sur les menus des grands restaurants, sont les stars des recettes branchées… Les tisanes et les remèdes de grands-mères sont remis au goût du jour : la santé par les plantes, c’est tendance, parce que c’est pour beaucoup la réaction naturelle face à ma médecine du tout chimique et du tout technique… Mais dans le fond, ça titille surtout le Harry Potter qui sommeille en chacun de nous! Jefaisleguet.fr avait envie de faire un peu de magie blanche, ou plutôt, de magie verte. L’occasion de discuter mauvaise herbe avec Norbert, alias le « shérif » du blog botanique sauvagesdupoitou.com.

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Tant qu’à faire de la magie, autant faire de la magie belle et utile : connais-tu la recette du philtre d’amour?

Norbert : Il existe une plante sauvage qu’on a longtemps considéré comme un philtre d’amour, et il se trouve qu’elle est bien connue de tous: l’origan commun (que certains appellent Marjolaine sauvage). Celui-ci est assez fréquent sur les sols misérables, secs et cramés par le soleil, les bords de chemins caillouteux ou les bords de route. Pendant l’Antiquité, on lui prêtait des vertus aphrodisiaques. On racontait que quelques feuilles jetées discrètement dans l’assiette de son (ou sa) bien aimé(e) pouvaient aider à faire pencher son cœur du bon côté…

origan_commun

 Et ça marche?

Norbert : Mmm, faut voir… Aujourd’hui, L’origan commun est surtout réputé pour ses vertus antiseptiques, et pour son goût bien sûr, au même titre que le thym, son grand frère. N’empêche que la prochaine fois qu’on t’invite pour un diner en tête à tête devant une pizza à l’origan, penses-y et garde la tête froide! Pour le philtre d’amour, ou plutôt, pour l’aphrodisiaque, on va se pencher sur le cas de la grande Berce, une sauvage qu’on rencontre sur les sols riches et humides, les sols forestiers. C’est une géante qui peut atteindre deux mètres de hauteur à maturité. Elle présente de grandes et belles fleurs blanches disposées en « ombelle ».

grande_berce

Elle est facile à reconnaitre? On ne risque pas de la confondre ?

Norbert : La magie, blanche, noire ou verte, demande du travail, de l’étude et de la précision ! La grande Berce est ce qu’on appelle une « ombellifère », c’est-à-dire une plante dont les fleurs ont la forme d’un parapluie. La cueillette des ombellifères est un sport extrême, au même titre que le « Base Jump »! Chez les ombellifères, les sauvages se ressemblent dangereusement. Leur fratrie compte quelques spécimens mortels, dont la tristement célèbre Grande Ciguë. La grande Berce a aussi une très grande sœur (jusqu’à 5 mètres de haut !), la Berce du Caucase, dont le simple contact peut causer des brulures graves ! L’erreur n’est pas permise… Dans tous les cas, il convient d’être sûr à 100% de l’identification d’une Sauvage avant de la cueillir ou de la consommer. Il n’y a pas de truc infaillible : il faut étudier, observer et surtout rencontrer ceux qui ont des connaissances sur le sujet. Pour découvrir une Sauvage, rient de tel que d’être présenté par un tiers lors d’une promenade !

 Ok, c’est noté! Cet aphrodisiaque, on y vient ?

Norbert : Les feuilles séchées au soleil de Grande Berce (20 grammes de feuilles pour ½ litre d’eau bouillante) offrent une tisane au léger goût de mandarine. La boisson est réputée pour être digestive, aphrodisiaque et booster la libido ! Idéal pour terminer un bon repas, et préparer la suite de la soirée ! La Grande Berce doit son nom scientifique, Heracleum sphondylium, au légendaire Hercule, avec qui elle partage une silhouette bodybuildée. J’aime à penser que la tisane de Grande Berce donne à celui qui la boit une libido herculéenne !

heracleumsphondylium

Pas de risque à forcer la dose ?

Norbert : Faut pas exagérer ! L’efficacité de la Grande Berce est du même ordre que celle du Ginseng, plus connu mais qu’on ne trouve pas à l’état sauvage sous nos latitudes. Par contre, si tu cherches à calmer le feu d’une libido trop brûlante, il existe un remède naturel qui pousse librement sous les haies…

Calmer la libido ? C’est de la magie noire !

Norbert : Non, de la magie sacré ! La Benoite urbaine, une Sauvage aux petites fleurs jaunes et aux fruits crochus, doit son nom à St Benoit, fondateur de l’ordre bénédictin… La tisane faite avec ses racines à l’odeur de clou de Girofle est calmante et légèrement sédative. Au moyen-Age, dans les milieux monastiques, les religieux consommaient la Benoite urbaine pour calmer les ardeurs et apaiser les fantasmes mal placés… Les moines allaient jusqu’à utiliser la plante dans les rituels d’exorcisme pour chasser le diable et son gang ! Alors si tu as le diable au corps… Une tisane de Benoite urbaine, une prière et au lit !

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Retrouve Norbert sur le site sauvagesdupoitou.com

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